· Olivier Demichel  · 5 min read

Amstel Gold Race 2025 : l’aérodynamique le levier pour battre Pogačar ?

Lors de l'édition 2025 de l’Amstel Gold Race, Remco Evenpoel rattrape Tadej Pogačar en échapée avec 40 secondes d'avance sur le peloton. Au-delà de la puissance, la maitrise d'une position aérodynamique sans faille a probablement joué un rôle déterminant. Voici notre analyse.

Amstel Gold Race 2025 : l’aérodynamique le levier pour battre Pogačar ?

Introduction

Amstel Gold Race 2025. Pogačar s’échappe à 40 km de l’arrivée. Il prend 40 secondes d’avance. La course semble jouée. Au micro, Laurent Jalabert annonce que la course est pliée.

Puis Remco Evenepoel se lance à sa poursuite à 26km de l’arrivée. 18 km plus tard, l’écart est comblé.

À près de 43 km/h de moyenne, c’est une performance incroyable que même les commentateurs ont du mal à analyser en direct.

Comment est-ce possible ?

Pogačar pouvait-il être rattrapé par la seule puissance ?

Pour rattraper 40 secondes en 18 km à 43 km/h de moyenne, Evenepoel devait rouler environ 1,2 km/h plus vite que Pogačar. Produire ce différentiel par la puissance seule nécessiterait 30 à 40 watts supplémentaires pendant 25 minutes — un scénario peu probable face au meilleur coureur du monde.

À ces vitesses, reprendre 40 secondes sur 18 km correspond à un différentiel d’environ 1,2 km/h. Pour créer un tel écart uniquement par la puissance, il faudrait produire environ 30 à 40 watts de plus sur 25 minutes.

Face à Pogačar en 2025 ?

Peu probable.

D’autant plus que sur l’ensemble de la saison, Evenepoel n’a pas montré une supériorité nette en montée face à lui. Même sur le deuxième contre-la-montre du Tour de France, Remco perd du temps sur Pogačar dans le denivelée.

Il faut donc envisager un autre levier.

Comment l’aérodynamique explique-t-elle le retour d’Evenepoel ?

CdA (Coefficient de traînée × Surface frontale) : indicateur clé de la résistance aérodynamique d’un cycliste, mesuré en m². Une réduction de 5 % du CdA équivaut à un gain d’environ 1,5 % de vitesse à puissance constante.

Une réduction de 10 % de la surface frontale permet de gagner environ 1 km/h à 43 km/h, soit 2 à 3 secondes par kilomètre. Sur 18 km, cela représente exactement les 40 secondes d’écart comblées par Evenepoel. La position aérodynamique est l’explication la plus cohérente de cette performance.

En observant la poursuite et les positions adoptées par Tadej et Remco, une différence clé saute aux yeux.

Comparaison des positions aérodynamiques de Pogačar et Evenepoel lors de l'Amstel Gold Race 2025

Evenepoel adopte une position extrêmement compacte:

  • Buste abaissé.
  • Coudes resserrés.
  • Tête rentrée.
  • Avant-bras quasi horizontaux.

Pogačar, en revanche, reste plus relevé.

Visuellement, la différence de surface frontale est nette. Proche de 10% plus compacte pour Remco.

Traduction physique

La résistance aérodynamique représente plus de 90 % de la puissance totale. Une réduction de la surface frontale réduit ces résistances et permet donc de rouler plus vite à la même puissance.

En pratique, une variation de surface frontale de 10 % suffit à créer un écart de plus de 1 km/h à ces vitesses: Tadej roule à 43km/h, Remco à 44.2 km/h. Sur chaque kilomètre, Remco gagne 2 à 3 secondes. Au bout de 18 km, les 40 secondes sont comblées.

Une position plus aérodynamique peut donc suffire à expliquer l’écart.

Ce que cela signifie réellement ?

Cela ne veut pas dire que la puissance ne compte pas. Elle reste fondamentale. Mais la performance est évaluée sur la vitesse, pas la puissance. Et sur cette course, c’est Remco qui a optimisé sa vitesse grâce à une maîtrise parfaite de sa position aérodynamique.

👉 L’aérodynamique amplifie ou pénalise chaque watt produit.

Que nous apprend cette course sur la performance cycliste ?

L’Amstel Gold Race 2025 démontre que la performance cycliste repose sur trois piliers indissociables : optimiser sa position aérodynamique, la maintenir sous fatigue, et être capable de produire sa puissance dans cette position. Ce triptyque est accessible à tous les cyclistes, pas seulement aux professionnels.

Les lois physiques sont identiques pour tous. Pour performer, il faut les comprendre et les maitriser. Remco Evenpoel nous a montré que adopter une position optimale est un levier ultime de performance, c’est un levier gratuit pour rouler plus vite. Accessible immédiatement.

Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que cette performance aérodynamique résulte de 3 facteurs déterminants que Remco Evenepoel a construits et optimisés :

  • Optimiser sa position aérodynamique
  • Tenir cette position
  • Être puissant dans cette position

Pour cela, l’entrainement régulier est forcément indispensable, et chaque cycliste devrait s’entrainer dans ces directions.

Conclusion

L’Amstel Gold Race 2025 illustre une réalité simple : À niveau physiologique comparable, la maitrise aérodynamique peut inverser l’issue d’une course.

L’aérodynamique ne remplace pas la puissance. Elle la valorise.

Et parfois, elle suffit à reprendre Pogačar.

Questions fréquentes

Comment Evenepoel a-t-il rattrapé Pogačar à l’Amstel Gold Race 2025 ?
En adoptant une position nettement plus compacte (environ 10 % de surface frontale en moins), Evenepoel a pu rouler à environ 44,2 km/h contre 43 km/h pour Pogačar à puissance comparable. Ce différentiel lui a permis de combler 40 secondes de retard en 18 km.
Quelle différence fait la position aéro à haute vitesse ?
À 43 km/h, une position 10 % plus compacte permet de gagner environ 1 à 1,2 km/h à puissance constante. Cela représente 2 à 3 secondes par kilomètre, soit environ 40 secondes sur 18 km — exactement l’écart constaté lors de l’Amstel Gold Race 2025.
La position aéro est-elle plus importante que la puissance ?
Les deux comptent, mais à haute vitesse (au-dessus de 40 km/h), la résistance aérodynamique représente plus de 90 % de ce qui vous freine. Une position 10 % plus compacte équivaut à environ 30 à 40 watts “gratuits”, ce qui peut compenser un écart de puissance significatif.
Comment travailler sa position aérodynamique comme les pros ?
L’entraînement repose sur trois axes : trouver la position la plus compacte sans perdre de puissance, s’entraîner à la maintenir sous fatigue, et développer sa puissance spécifique dans cette position. Des outils comme AeroX permettent de travailler ces trois dimensions avec un feedback en temps réel.

Pour aller plus loin :

Photo de Olivier Demichel
Olivier Demichel

Fondateur & Ingénieur

Ancien chercheur au CNRS et triathlète passionné, Olivier a conçu AeroX pour résoudre ses propres blocages en aérodynamisme. Aujourd’hui, il met son expertise scientifique et son expérience d’athlète au service de tous les amateurs ou élites qui veulent rouler plus vite.

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